18.06.2009

11ème JOUR

J'ai rêvé que je vivais.

Que je continuais à vivre, tant et tant.

Jusqu'aux blancheurs grises des chairs et des poils. Jusqu'aux infâmes recroquevillements, jusqu'au suprême souffle final.

Mais toujours, jusqu'au bout, toujours cette douloureuse et intense acuité - qui me serrait fort contre la folie. Comme peut rendre fou une ouïe trop développée. La tête crève de fracas, d'hurlements, de vacarmes. 

Cela durait. L'Histoire, autour de moi, se répétait. Mais s'embourbait, ténébreuse. Les gens se rabougrissaient de solitude et d'angoisse, apeurés par un Pouvoir de plus en plus despotique, césarien. Les voisins se dénonçaient. Plus de la moitié du Peuple était des policiers armés. La soldatesque, brutale, vulgaire. Les femmes redevenaient peu à peu des chairs à guerriers. Sans mémoire, on les poussait de leurs places. Ces terrains qu'elles avaient tellement payés chers. Y avaient sacrifié tant de temps, tant d'espace. On enseignait aux enfants la barbarie. Le violent respect de l'Argent. Les dieux venaient en seconde position, uniquement comme service d'ordre. Mais ils se confondaient et se couronnèrent vite de la même aura. L'aura ? L'aura pas ?

Tout fut propagande. Les musiques furent tues, privées de cris, de sang et de rage. Le cinéma déroula d'insipides bobines de vide, dépeuplées. La peinture coula dans les égouts. Et la parole, muette, la gorge tranchée, quitta le monde pour celui des animaux qui s'arrangèrent entre eux et jouirent de cette nouvelle faculté.

On peut comprendre cette bouffée de bon bonheur qui m'irradia tout entier lorsque j'ouvris les yeux et que mon rêve se refermait. Poupée endormie entremêlait ses jambes aux miennes, fraîche, abandonnée. Les deux chatons papattes ronronnaient contre nous.

J'allais avoir la chance de disparaître dans cette douceur.

 

  

 

 

11.06.2009

10ème JOUR

La mort est une levée d'écrou.

 

J'aime cette image du langage: levée d'écrou.

Elle a quelque chose de la mécanique.

Pour ceux qui l'ignorent, la lévée d'écrou est la formule con/sacrée, pénitentiaire, et juridique qui donne l'ordre de libération d'un détenu.

Oui, je vois le monde comme une geôle dont chaque acteur est plus ou moins le maton, par paresse et lâcheté. Mais le plus souvent par conviction.

J'attends donc avec gourmandise ma libération. Puisque les mutineries et les évasions de masse sont impossibles. Puisque l'humanité toute entière a peur de la liberté.

J'aimerai cette nuit - non pas comme l'annonçaient tous les prophètes que ce soit la fin du monde, mais celle du mien. Qu'un météorite, qu'une onde, qu'un ultrason vienne me désintégrer sur ma machine à écrire, sans même choquer une vitre. Voilà ! Tout est en ordre ! Rien ne m'échappera ! Pas la moindre perversité, oubliée là, tapie sous l'ongle. Pauvres faiblesses ! J'ai la panoplie des couteaux qu'il faut pour les extraire, les expurger. C'est à partir de ces intenses travaux qu'on me tint pour fou. Or, j'avais bien toute ma raison. J'avais toutes les raisons de ne l'avoir point égarée. Non, non. Cherche bien mon enfant. Elle doit être coincée dans quelques ménages à venir.

 

De la naissance à l'homme, il y a une enfance trahie.

Je suis le démon de la per

Versité. Si je brise la

Marche de l’ode ça et là,

C’est pour que mon ver soit plus vert.

 

 

 

Si j’ai fait ma vie en dents de scie, comme mon écriture, c’est pour mieux la trancher.

 

 

Je croyais en cet ange qui m'avait mis le doigt là, sur la lèvre supérieure, juste avant que je ne sorte du ventre écœurant de ma mère pour me faire taire les mystères que j'avais entrevus. Et puis là, aussi, un autre sacré doigt, quand même, dans le cul.

 

 

 

09.06.2009

9ème JOUR

Ils ont jeté Mozart à la fosse commune. Ce n'est pas uniquement ce que nous retiendrons de leur humanité. Ils ont fait spectaculairement pires. Mais tout de même...

Pourquoi pensé-je à toi Amadeus ? Alors que j'allais évoquer la grande supercherie du suffrage universel, l'étendard tant et tant reprisé de leur démocratie toc. Je ne suis pas allé voter. Si j'avais été moins faible, j'aurais peut-être glissé mon bulletin dans la fente si convoitée des élus ? Et c'eut été celui du NPA. Le seul mouvement qui me semble ne pas viser ce maudit pouvoir étatique qui nous étouffe depuis toujours.

Pourquoi Mozart quand je pense au vote. Quelle étrange association ? Le cerveau travaille souvent sans nous.

Peut-être parce que les foules sont autant capables de fossoyer les génies que d'élire le genre de paltoquet qui dirige aujourd'hui le beau pays de France ? Et demain l'Europe ?

Aie !

15:56 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : npa