03.06.2009

5ème JOUR

Il n'est pas question de bonheur, il s'agit de vivre intensément. Cher Journal, pour le coup, j'ai temps à te dire. Mais je n'ai pas dormi la nuit dernière et mon cerveau tourne en rond dans la cellule de mon crâne. 

Je devais, pour remplir mon contrat, t'écrire avant minuit. C'est fait. Je te reprends quand, reposé, je pourrai à nouveau jouer avec les mots de mon clavier...

 

10 heures plus tard

 

Vivre intensément, oui.

Là, je viens de dormir d'une telle profondeur que je me demande même comment j'ai pu revenir indemne? Mes songes enfouis le furent-ils, intenses? Écrasé de chimie, je ne rêve plus. Je suis contraint aux somnifères. En tout cas, j'oublie la nature de mes visites dans les régions oniriques de mon esprit où, avant, tout n'était qu'extravagances ou fabuleuses utopies. J'en ai rapporté tant de trésors!

Je n'ai donc aucune issue pour fuir la réalité, ne serait-ce le temps d'un repos. Je suis condamné au courage, et c'est bien. Mais suis très chagriné d'ignorer à présent le versant de ma vie rêvée. Pour ne pas dire amputé. Vois-tu Journal chéri, ça me fait vraiment chier de savoir que j'ai une existence ailleurs, mais que ses portes me sont vérouillées! Et mon passé d'ouvreur de serrures ne m'aide guère. Merde! L'infiniment petit ne se contente pas de ronger mes organes et sucer mes forces, il emprisonne aussi mon Peter Pan! Sans aucun droit de visite.

Je le ré écrit, il n'est pas question de bonheur, il s'agit de vivre intensément. Au fond, les moments de "bonheur" sont brefs, ils ne perdurent pas..

On est heureux de retrouver son amour sur le quai de la gare, certes. Mais dans quelques temps, de quelle couleur sera cette soi-disant félicité? Sachant qu'obstinément, ce qu'ils appellent amour n'est que la peur déguisée de vivre seul ou l'appel de la chair animale et reproductive. Qui ne fait jamais long feu. D'ailleurs ils ne prennent jamais le temps d'aimer, car il en faut un sacré paquet pour apprendre l'autre et installé peut-être ce riche confort physique, émotionnel et intellectuel qu'ils nomment aussi bonheur.

On est heureux d'un cadeau attendu ou non de la vie: un job, une nouvelle rencontre, un jeu gagnant, une rentrée d'argent, une amitié soudaine. Que sais-je? Mais, est-ce vraiment un présent? Combien de fois y ont-ils vu l'intervention divine ou le hasard ou le destin, selon leurs appellations incontrôlées.

A quelle servitude ce travail tant espéré les a-t-il forcés?  Et cet argent, qu'ils ont brûlé par les deux chiffres, a-t-il élevé leur âme? Qu'est devenu leur nouvelle amitié dans le miroir aux alouettes? Est-ce que l'on peut vraiment nommer ces moments du bonheur?

En fait, il s'agit de savoir s'il y a une notion de durée, et si l'on accède une bonne fois pour toute à cette ataraxie?  Comme si on atteignait cette étape, et que l'on repartait avec son petit bonheur à perpette sous le bras. 

En marchant dans ma ville, je constate l'inexactitude du propos.

 

02.06.2009

4ème JOUR

Hier, c'était la pentecôte et je n'ai rien senti de particulier. C'est le fameux jour férié que l'état voulait supprimer. Pour qu'ils puissent travailler plus. Veinards! Ce fut un lundi banal, boutiques les bras ouverts, ouvriers qui débrayent, chômeurs et riches qui baladent. Alors l'état, on faiblit?...hi hi.

Il ne faut pas m'interroger sur la "pentecôte", je sais juste que c'est une fête religieuse, non? En tout cas, ce mot est bien étrange. Il m'évoque le V. Il a phonétiquement deux éléments contradictoires: la pente   et la côte / = V. Je n'en tire aucune conclusion. Je penses juste à ce pauvre sisyphe et son triste rocher... Le mythe de l'absurde... C'est un jour fêté par les juifs et les cathos. Les uns pour célébrer la remise des tables de la loi à Moïse et les autres en mémoire de la descente du saint esprit sur les apôtres? Pente et côte. Quel fatras! V?
Tous ces tas de croyants. Je connais leur attitude à l'approche de leur mort. Le coeur savon qui ne mousse plus de peur de se piquer les yeux. Mon dieu mon dieu épargnes-moi! Ou alors, au moins, ouvres-moi ton paradis! Mon cul, oui. Ils n'auront rien. Ils prient dans le vide-grenier spirituel. Ils seraient presque tentés de convoquer le Diable!... N'est-ce pas? Si jamais... Si jamais il était plus fort que dieu?... Hein?... S'il avait de réels pouvoirs?... A qui ne seraient-ils pas près de croire pour rallonger la sauce de leur misérable existence? Combien de vies seraient-ils capables de supprimer contre la leur? Quelles tortures pourraient-ils infliger si l'on leur proposait ce deal?
Ca ne ce voit pas, mais je rigole. Je souhaite de tout mon coeur que la mort soit vraiment définitive. Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à vouloir un  ailleurs éternel, avec trompettes et barbe blanche paternelle? Ils ne savent déjà pas vivre içi. Qu'est-ce que ça changerait dans leur supposé ciel? Bah, laissons-les donc penser à autre chose que leur vie, qui elle, est bien réelle, terriblement réelle.
J'aime Poupée comme jamais je ne pourrais aimer un de leurs dieux le plus prometteur... Je mourrai en te souriant mon Ange, ta main et tes yeux dans les miens. Sans aucun regret. Sans dieu, sans maître.
Comment raconter notre formidable histoire? Sa fin est simple. Je descend lentement les traîtres marches. La vie me fuit de partout, elle s'échappe de moi et, singulièrement, acèrent mon esprit. J'aime Poupée. Et je sais bien que mon corps malade lui soumet des manques. Poupée est une très belle femme. Partout les désirs s'agitent dans les yeux des hommes croisés. C'est le contraire qui serait étonnant. Mais incroyablement, Poupée ne veut que moi?... Il est vrai qu'il n'est pas forcement besoin de bander à volonté pour donner du plaisir. Et que l'on s'amuse quand même beaucoup Poupée et moi.
Ton cul
Deux planètes
S'effleurent
Sans heurts
Gardiennes de l'infini
Toutes ces heures où j'attends
Le nez en l'air
Où j'attends le néant
Nous n'étions pas faits
Que pour ça.

01.06.2009

3ème JOUR

-"Qu'est-ce qu'ils sont moches!..." Je parlais des passants. 

-"T'as qu'à pas les regarder!..." a répondu Poupée. Logique. Mais j'ai voulu faire le malin.

-"J'en ai marre de mater le ciel. Il ne s'y passe rien. Et je ne peux pas marcher tête baissée, ce n'est pas dans ma nature. Quant aux vitrines, elles me font chier.

Il est une heure du mat'. Nous venons juste de rentrer, Poupée et moi. Le métro, tout ça. Les visages qui semblent moins tendus la nuit. D'autres nettement plus fatigués. Certains, trop paranos. Enfin, leur beau monde. Des lames de rasoir dans les yeux ou de la soumission.

Nous nous sommes promenés dans le village de Montmartre. Chaque fois, je ne peux pas m'empêché de penser à tous ces hommes, toutes ces femmes, tous ces enfants qui tinrent à bout de bras cette magnifique Commune, gloire de l'humanité.

Nous sortions du grand cinéma Place de Clichy. Le film était chiant comme la mort. Pardon. Le film était vraiment somniférant. Un téléfilm, avec le sénar obligatoire du serial de service, de bons acteurs, de beaux plans, mais long, long, un film suédois: millénium, quelque chose comme ça. Ensuite, c'était tellement plaisant de déambuler sans direction qu'une envie d'apéro au soleil sous une tonnelle Montmartroise. Mais, désolé cher Journal. Nous allons faire l'amour, Poupée et moi. A toute à l'heure. J'ai tant de chose à t'apprendre.

Une heure plus tard

En fait, je reviens t'écrire mon bon Journal. Tu parles d'un fiasco. Je n'ai pas pu bander. Nous avions bu un ti punch et fumé deux trois pétards en jouant avec les chatons. Bimbo et Pétard qu'ils se nomment. Bimbo, parce que c'est vraiment une gonzesse et Pétard parce qu'il ne ressemble à rien. Deux boules de poils et d'amour. Enfin, nous jubilions tous les quatres dans le divan noir. Poupée a mis sa bouche autour de moi, tout allait bien. J'étais dur comme la vie. Pendant ce temps-là, je caressais ses belles fesses. On a vite gagné la chambre, chèrement. On s'est jetté l'un sur l'autre, comme dans les films. Mais aussi comme d'habitude. Toute sa chair m'habitait. J'adore son corps. Depuis sept ans. Et il me solarise toujours. Mais de furieux ennemis m'habitent aussi, me suce l'énergie comme des punaises enragées. Et les cachetons qui veulent les écraser mais m'anéantissent avec. Nous faisions danser nos corps pourtant, mais mon épée de chevalier fondait.