31.05.2009
2ème JOUR
Il faisait tellement beau hier. Je n'ai pas vu la journée vieillir. J'ai tapoté jusqu'à 18 heures sur cette machine à écrire. "Veine" fut mon dernier mot. Puis, je suis allé gagner dix malheureux dollars sur le site PokerStars...
Poupée travaillait jusqu'à 20 heures. Je suis sorti acheter mes marlboros souples. Nous habitons Belleville. C'est mon pays. J'y suis né à la vie. C'est là que j'ai attéri en sortant de six piges de placard. Entre paranthèse, ce ne sont pas les français qui m'ont mis sur des rails acceptables, mais les arabes et les juifs du quartier d'alors. Oh, il ne reste plus beaucoup de ces anciens potes. Pour tout dire, un ami tunisien et quelques ombres tellement vieillies, recroquevillées sur leur mort à venir, que je croise parfois au hasard d'une ruelle grise. Et voilà que ma route, à nouveau, m'y reconduit. Je vais arriver au bout de ma vie là où je l'ai commencée.
Hier, Belleville était encore arrosé de soleil et, dans ces moments là, elle a vraiment une gueule de méditérranéenne. Enfin, on sent la mer toute proche, là, derrière le faubourg. J'étais heureux, et seul. J'aime marcher dans ma ville. J'évite le métro. Je n'aime pas le commun. Encore moins les transports... Les "Folies", un grand bar populaire du quartier, était gorgé de terrassiers du soleil. Chairs nues, lèvres rieuses, embrassades, tout ce petit peuple coloré semble heureux d'être là, encore vivant, sirotant bières ou thés dans l'air chaud. J'ai acheté mes clopes au tabac plus haut et j'ai continué ma balade en revenant lentement chez moi, profitant de chaque visage, chaque couleur, chaque son, chaque seconde, chaque preuve de vie. C'est fou, lorsqu'on a la mort à ses côtés, comme on apprécie avec une certaine gourmandises toutes ces choses essentielles! Non?...
Dans notre rue, Michel a ouvert depuis deux ans un tout petit restaurant, genre quinze vingt places, en se serrant. La cuisine est à vue, juste derrière un bar miniature où l'on peut boire un coup à n'importe quel moment de la journée, ou alors, y attendre qu'une chaise se libère pour aller manger. Je m'arrêtte souvent le saluer. Hier, lorsqu'il m'a vu passer devant sa boutique, il est sorti ensoleillé: "Je t'offre un verre mon ami!" Il a une terrasse composée de deux tables pour couple et de deux charmants mini palmiers. Nappes blanche immaculées, vaisselles et couverts choisis. Michel, jeune algérien d'une quarantaine d'années, est un homme de goût. Sa cuisine est généreuse, attentive, toujours inventive, avec la petite touche de couleur ou le légume qui va bien... Quant aux prix ils sont inversement proportionnels à la qualité du service. Autant dire que dix euros un confit de canard et son petit vin, c'est donné. Mais bien sûr, ce genre de lieux ne font pas recette. Les gens préfèrent ceux où l'on se fait voir.
Moi, je suis apatride, je n'appartiens plus à ce petit monde mesquin. J'appartiens à la mort et, ouf.
14:17 Publié dans BELLEVILLE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : soleil
30.05.2009
1er JOUR
Je venais d'aller pisser, la queue raide devant moi, dans le noir. D'habitude, comme mes yeux sont myopes, je m'assois sur la lunette des chiottes. Mais là, mon gland trop dur touchait le fond. Alors, j'ai lansquiné debout, à l'aveuglette... Ha, elle n'aime pas ça Poupée! Mais bon, faut la comprendre. C'est pas toujours idéal de poser ses belles fesses sur ma pisse froide. Bien que je relève toujours le couvercle, mais... Je crois que c'est un reproche de filles assez courant en ce qui concerne les dernières gouttes secouées des garçons?...
Je me suis recouché à tâtons. Il devait être neuf heures, quelque chose comme ça? En sentant à nouveau ma présence, Poupée enchevêtra nos jambes. Il y avait l'odeur pâteuse des matins dans nos bouches. J'ai rebandé en silence. Elle se pressa plus. Mais bordel, ça a recommencé! Un sorte de hoquet qui semble retourner l'estomac. Tu ne sais plus quoi faire. Aller gerber? Mais rien ne vient. Je sens mon foie se tordre de douleurs. Il crierait s'il le pouvait! Il y avait un petit bout de temps qu'il ne m'avait pas supplié. Poupée a couru chercher mes pilules anti-vomi partout. En fondant sous ma langue, elles ont calmé le jeu de la bile. Tu penses bien que j'avais débandé comme un môme en larmes. Elle est gentille ma Poupée. Elle a essuyé mes yeux et fait un tendre bisou à mon pauvre gland mou.
Sitôt que la tempête bilieuse m'a quittée pour aller écoeurer d'autres coeurs, bien sûr, nous nous sommes levés. Poupée à préparé le café pendant qu'écroulé en robe de chambre dans le divan, je zappais à mort pour oublier la mienne qui me fait de l'oeil comme une pute à son client. Et je la paye chère, merde. Elle n'évoque pas le désir pourtant, vous savez. Quoique...
J'ai préparé mes cachetons pour la journée. Ceux du matin, ceux du soir. Un bleu, un rose, deux blancs de différentes formes: rond et oblongue. L'étincelle qui me laisse encore au monde, tient à leurs fils si ténus. Sans eux, je meurs. Sans moi, je les emmerde. C'est étrange de savoir que seule la chimie te préserve. Avant d'avaler tout ce beau monde de va comme je te molécule, je dois remplir mon estomac si je veux lui éviter les trous. J'adore les "Spéculos", ces gâteaux belges à la cannelle. Je les trempe dans le café jusqu'à ce qu'ils mollissent à souhait, presqu'à tomber. D'ailleurs, ils ne se gênent pas pour s'échouer parfois sur mes cuisses nues.
Ensuite Poupée est partie travailler. Elle est maître d'hôtel pour des traiteurs parisiens. Ses horaires lui laissent pas mal de temps. Elle est intermittente. Nous sommes souvent ensemble. Et on à l'air d'aimer ça. Moi, ça se comprend: elle est belle comme l'amour, son cul d'impératrice à m'y plonger la tête telles les autruches dans le sable chaud. Ses seins ajustés à mes paumes, nés pour elles, receuillent toujours mon front fièvreux pendant que sa main caresse. Moi, on comprend. Mais Poupée? Comment peut-elle aimer tant un mec au corps squatté de monstres infiniment petits? Un mec qui risque de la tuer à tout moment? Un mec amaigri, affaibli, bandant d'un oeil, sans appétits? Ma mort y répondra sans doute. Ou toi, cher journal que j'ouvre à cet instant comme une veine?
13:10 Publié dans MORT LITTERAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la mort
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