07.06.2009

8ème JOUR

13h38

Heureux? Disons que je suis allongé dans le fond du divan noir, le dos reposé sur des coussins de plumes. Bimbo et Pitouf sont entremêlés de poils et de papattes ronron contre moi, repus, rêveurs. Ma mort, quant à elle, dort bien au chaud dans mon ventre bourré de molécules étrangères, mais vitales. Heureux.

J'ai peu dormi. Poupée est rentrée tard, presqu'au matin. J'avais écrit je ne sais combien d'heures? Là, je repose béat, les rêves bordent mes yeux.

 

03.06.2009

5ème JOUR

Il n'est pas question de bonheur, il s'agit de vivre intensément. Cher Journal, pour le coup, j'ai temps à te dire. Mais je n'ai pas dormi la nuit dernière et mon cerveau tourne en rond dans la cellule de mon crâne. 

Je devais, pour remplir mon contrat, t'écrire avant minuit. C'est fait. Je te reprends quand, reposé, je pourrai à nouveau jouer avec les mots de mon clavier...

 

10 heures plus tard

 

Vivre intensément, oui.

Là, je viens de dormir d'une telle profondeur que je me demande même comment j'ai pu revenir indemne? Mes songes enfouis le furent-ils, intenses? Écrasé de chimie, je ne rêve plus. Je suis contraint aux somnifères. En tout cas, j'oublie la nature de mes visites dans les régions oniriques de mon esprit où, avant, tout n'était qu'extravagances ou fabuleuses utopies. J'en ai rapporté tant de trésors!

Je n'ai donc aucune issue pour fuir la réalité, ne serait-ce le temps d'un repos. Je suis condamné au courage, et c'est bien. Mais suis très chagriné d'ignorer à présent le versant de ma vie rêvée. Pour ne pas dire amputé. Vois-tu Journal chéri, ça me fait vraiment chier de savoir que j'ai une existence ailleurs, mais que ses portes me sont vérouillées! Et mon passé d'ouvreur de serrures ne m'aide guère. Merde! L'infiniment petit ne se contente pas de ronger mes organes et sucer mes forces, il emprisonne aussi mon Peter Pan! Sans aucun droit de visite.

Je le ré écrit, il n'est pas question de bonheur, il s'agit de vivre intensément. Au fond, les moments de "bonheur" sont brefs, ils ne perdurent pas..

On est heureux de retrouver son amour sur le quai de la gare, certes. Mais dans quelques temps, de quelle couleur sera cette soi-disant félicité? Sachant qu'obstinément, ce qu'ils appellent amour n'est que la peur déguisée de vivre seul ou l'appel de la chair animale et reproductive. Qui ne fait jamais long feu. D'ailleurs ils ne prennent jamais le temps d'aimer, car il en faut un sacré paquet pour apprendre l'autre et installé peut-être ce riche confort physique, émotionnel et intellectuel qu'ils nomment aussi bonheur.

On est heureux d'un cadeau attendu ou non de la vie: un job, une nouvelle rencontre, un jeu gagnant, une rentrée d'argent, une amitié soudaine. Que sais-je? Mais, est-ce vraiment un présent? Combien de fois y ont-ils vu l'intervention divine ou le hasard ou le destin, selon leurs appellations incontrôlées.

A quelle servitude ce travail tant espéré les a-t-il forcés?  Et cet argent, qu'ils ont brûlé par les deux chiffres, a-t-il élevé leur âme? Qu'est devenu leur nouvelle amitié dans le miroir aux alouettes? Est-ce que l'on peut vraiment nommer ces moments du bonheur?

En fait, il s'agit de savoir s'il y a une notion de durée, et si l'on accède une bonne fois pour toute à cette ataraxie?  Comme si on atteignait cette étape, et que l'on repartait avec son petit bonheur à perpette sous le bras. 

En marchant dans ma ville, je constate l'inexactitude du propos.